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Pourquoi c’est si dur de se sentir bien dans son corps ?


Se sentir bien dans son corps

Ce 8 mars nous célébrons la journée internationale des droits des femmes. Armées de nos espoirs, de nos doutes, de nos regrets et de nos victoires, nous sautons à pieds joints sur l’occasion pour donner de la voix sur un sujet qui nous questionne et nous accompagne toute notre vie : le rapport que l’on entretient à notre corps.

Comment on se sent avec notre image ? Pourquoi c’est si dur de se sentir bien dans son corps de femme ? Et dans son corps d’homme, tiens ?

Nous avons recueilli les témoignages de femmes et d’hommes qui portent un regard ému et changeant sur la partie incarnée d'eux-mêmes.

Mais d’abord, un peu en vrac, quelques éléments pour initier la réflexion et peut-être, amorcer la discussion avec les copains à la prochaine soirée. Car oui, au final, on parle peu de ces choses-là avec les gens qu’on aime.


Les habits, la peau : ce que l’on donne à voir au monde


Les habits, marqueurs de notre identité.


8h du mat’ devant sa penderie : l’heure où nous, humains de 2022, nous choisissons ce que l’on va mettre pour habiller son corps pour la journée. Et ce choix, c’est aussi la façon dont on a envie de se “donner à voir” au monde. Un savant mélange entre l’expression de notre personnalité et l’adaptation à la nature des activités de notre emploi du temps. Choix cornélien pour certains, très vite réglé pour d’autres.

La façon dont on se présente en société reflète, qu’on le veuille ou non, notre personnalité, notre rapport au monde. Le style des habits, leurs couleurs, leurs matières… Les choix que nous avons fait pour garnir notre placard témoignent de ce que nous voulons pour notre corps. Ce n’est pas rien !

Et nul besoin que l’habit soit visible aux yeux de tous, les sous-vêtements par exemple sont des marqueurs importants de notre rapport à notre corps car ils sont ce que l’on met en premier pour habiller, cacher ou sublimer notre corps.

Dans ce domaine malheureusement les normes imposées par l’univers de la mode ont une grande facilité à nous filer des complexes comme en témoigne Éléonore dans la deuxième partie de l’article. (...et à se mêler de ce qui ne les regarde pas au passage !)


Un concept psychanalytique : le Moi-peau


Sous nos vêtements, la première couche qui nous délimite est notre peau. Elle contient notre corps et marque l’empreinte du temps qui s’écoule. Nous avons le contrôle sur une partie de son aspect mais c’est également une zone très symbolique psychiquement car elle est la jonction entre le “dedans” et le “dehors” de nous.

Le concept du Moi-peau, élaboré par le psychanalyste Didier Anzieu dans les années 70, trace un lien direct entre les fonctions physiologiques de notre peau et leurs impacts sur l’élaboration de notre psychisme. Il y a, notamment :

  • la fonction de contenant du psychisme,

  • la fonction de protection des agressions extérieures,

  • la fonction d’individuation du Soi, car notre peau est une zone d’échange et de communication avec les autres. Elle permet de nous situer vis-à-vis d’eux.

Selon cette théorie, lorsqu'il y a défaillance de la mise en place de ces fonctions chez le nouveau-né cela peut expliquer les complications dans notre rapport à notre corps adulte : eczéma, psoriasis, automutilations, érotomanie…

C’est intéressant d'aller jeter un œil de ce côté-là lorsque l’on fait face à ce genre de difficultés, ça peut donner un éclairage nouveau pour comprendre pourquoi c’est si dur, parfois, de se sentir bien dans son corps.



Une société de l’image (retouchée) qui nous trompe sur la norme


Bien sûr il faut également prendre en compte la part culturelle ÉNORME liée à l’image de l’idéal du corps dans une société donnée, à un instant donné. Et ainsi, à la norme que cela engendre.


L’idéal de beauté transformé en norme : générateur de complexe


A notre époque, et sous notre latitude, on constate que l’idéal de l’image du corps se définit par une vision "healthy" alliant poids contrôlé et musculature entretenue. Que ce soit pour les hommes ou pour les femmes.

Nous passerons cette fois sur les raisons historiques, économiques, sociales et culturelles complexes qui nous amènent à cette image d’idéal d’aujourd’hui. Mais nous pouvons nous questionner sur leurs conséquences. Il s'agit de l’idéal visé, donc c’est cet idéal qui est médiatisé car le capitalisme a bien compris que ce qui fait vendre c’est ce qui fait rêver.

A force de voir cet idéal affiché partout, sur nos écrans comme sur les arrêts de bus, nous l’intégrons comme norme.

C’est bien ça le problème. Nous intégrons comme “norme” ce qui est en fait “un idéal du moi” projeté.

Et l’idéal du moi c’est comme les fantasmes, c’est pas souvent que ça se réalise ! (ni souvent une bonne idée d’ailleurs...)

Du coup on se retrouve avec un corps que l’on considère comme anormal. C’est la porte ouverte à la dévalorisation de soi et au jugement d’autrui.

On dépense alors une énergie (et parfois un budget) de dingue à se rapprocher de cet idéal érigé en norme :

  • les régimes pour perdre du poids ;

  • les séances de sport pour corriger tout ce qui nous paraît flasque ;

  • les dépenses en maquillage, colorations, massages anti-capitons…

  • les inspirations lifestyle sur les réseaux sociaux avec tous ces gens qui postent leur vie “idéale” : rien de mieux pour nous filer des complexes !

D’ailleurs savez-vous que 67% des femmes sont complexées par leur corps ? (étude Omnibus, juin 2020).


Les filtres sur les réseaux sociaux : l’image sublimée de soi


L’explosion de l’utilisation des filtres de beauté sur les applis type TikTok, Snapchat ou Instagram n’est pas étrangère à nos complexes physiques. Ces filtres permettent de transformer notre visage en direct pour un résultat bluffant, mais irréaliste : Yeux agrandis, teint unifié, bouche charnue, joues gommées, sourcils surélevés… Paye ta déprime quand tu te regardes IRL dans ton miroir !

L'émission Tracks a récemment parlé de ces filtres dans son épisode “La bataille du corps : qu’est-ce qui est beau ?”. (Tout l’épisode vaut le détour, les filtres beauté sont abordés vers 12 min 30.)

Un nouveau trouble psychologique joliment nommé “Snapchat dysmorphia” pousse même de plus en plus d'utilisateurs de ces réseaux dans les bureaux de chirurgiens esthétiques : ils ne supportent plus l’aspect de leur vrai visage.

Les chirurgiens du département de Dermatologie de l’Université de médecine de Boston (États-Unis) ont écrit une tribune afin d’alerter sur cette pratique car “Il ne s'agit plus simplement de corriger un aspect physique qui pouvait être un complexe et sortir de la norme, mais de donner à l'ensemble du visage un aspect irréaliste.” Ce trouble est classé dans la grande catégorie des Troubles Obsessionnels Compulsifs plus connue sous le terme de TOC.

Glaçant, non ?


Des habits confortables pour toutes les morphologies


Et dans son corps d’homme, on se sent comment ?


Chacun, homme ou femme, souhaitons nous sentir bien dans notre peau, être à l’aise dans nos baskets, faire des flips dans notre slip… Cette question n’est pas rattachée à un genre en particulier.

Il y a, comme nous venons de le voir, certaines pressions qui sont communes aux deux sexes. Mais il y a également des attentes fortes de la société en ce qui concerne les identités de genre et les rôles de genre. C’est une partie de ce qu’on appelle l’hétéronormativité, l’idée selon laquelle l’hétérosexualité est la seule norme existante, avec forcément en conséquence, un alignement entre le sexe biologique, la sexualité, et les identités et rôles propres à chaque genre. C’est cette dernière partie qui nous intéresse ici. Et c’est comme ça que l’on retrouve dans les magasins de jouets :

  • des allées bien roses dans lesquelles s'étalent dinettes, aspirateurs et autres poupées.

  • des allées bien bleues dans lesquelles s’alignent armes de guerre et petites voitures.

Oui… encore en 2022…

Les hommes sont donc encore éduqués dans une idée de puissance, en écoutant des histoires où c’est eux qui doivent combattre le dragon pour sauver la princesse qui pionce tranquillement dans le château… Et même si on commence à expliquer aux petits garçons qu’ils ont le droit de pleurer et d’exprimer leurs sentiments, la matière culturelle qui leur est proposée ne s’est pas encore adaptée suffisamment à ces changements profonds de société.

Autant vous dire que si les petits garçons des années 2020 commencent à être élevés avec cette vision, les petits garçons d’il y a 30, 40 ou 50 ans n’ont pas eu cette chance.

Par contre ce sont eux qui sont contemporains de la génération #metoo.

Et si pour la plupart ils comprennent et soutiennent la voix enfin libérée des femmes, ils sont à ce tournant sociétal, le cul un peu entre deux chaises bancales, où ils doivent à la fois comprendre et soutenir les femmes de leur entourage mais avec le bagage éducatif qui ne leur a pas permis de savoir comment reconnaître et exprimer leurs émotions. (Mais plutôt à les refouler pour être forts et virils).

Certains se sentent incompris, voire accusés… en tout cas ils ne se sentent pas entendus depuis leur place et leur vécu et ont parfois du mal à trouver les mots.

Merci donc aux 2 hommes qui se sont exprimés dans les témoignages qui suivent. Ils racontent bien comment ce n'est pas si simple non plus d’habiter son corps d’homme. Nous espérons que leur voix tombera dans des oreilles poilues et que la parole masculine s’exprimera plus librement et simplement sur ces sujets “de bonnes femmes” ;)


Se sentir bien dans son corps : les témoignages


Bref, tout ça pour dire que nous avions vraiment envie, aux Culottes de Charlotte, de donner la parole à de vraies personnes. Authentiques ! D’ouvrir la voie aux voix pour que s'exprime la diversité des expériences.

Quand le corps souffre, quand le corps change, quand on apprend à le comprendre, quand on lui en veut quand-même un peu des fois… Une chose est sûre, c’est un chemin plein de surprises.


# Endométriose

Pendant longtemps mon corps me servait à déplacer mon cerveau, je ne l'écoutais pas trop. Puis il s'est mis à me torturer, me faire mal sans comprendre pourquoi... après des années de douleurs... un diagnostic: endométriose... alors on ne se parlait plus, lui et moi...

Puis j'ai commencé le yoga pour me détendre la tête et j'ai réalisé le lien entre les deux... et aujourd'hui à quarante ans, je suis loin de mon objectif mais je lui parle, lui fait du bien de temps en temps, essaie de l'entretenir, le détend… on essaie de vivre ensemble lui et moi, même si parfois on est fâché... moi parce qu'il me fait mal, lui parce que je mange trop... mais on avance c'est l'essentiel. Non ?

Houria


# Ménopause

“A l’aube de ma cinquantaine de vie je suis témoin des changements de mon corps, au début perdue et incapable de reconnaître ce corps qui fut si longtemps mon allié et même mon atout dans la vie… ce corps était en train de prendre un chemin sans moi sans mon consentement, du moins c’est ce que je ressentais. Ma taille s’est épaissie, mes hanches alourdies, bref je rentrai dans la pré ménopause sans trop y être prête car mon esprit n’avait pas été averti… ;)

Je dois me réapproprier ce corps qui est pourtant le mien, changer mon regard sur lui et surtout l’accueillir dans ses changements et ses transformations. Voilà un nouveau chemin car je viens de passer ma vie avec un corps qui me suivait et maintenant c’est à moi de suivre mon corps et de faire des choix selon lui.”

Angélique


# Vibrations

“Quand j’ai des frissons dans tout mon corps avec de la musique ou de la danse : je suis heureux !! Mon âme est en adéquation avec mon corps et ça c’est important pour moi.. du coup quand je frissonne : je n’ai plus de fatigue, je ne suis plus saoul, je peux grimper aux montagnes !! Et je suis apaisé, serein et nourri d’amour...

Voilà ce que je peux dire !!

Le corps et l’âme sont liés mais pas toujours en adéquation parce qu’il y a les mauvaises énergies que l’on se crée avec les peurs et les frustrations... il y a des blocages que mon esprit ne surmonte pas et mon corps est douloureux et lourd…”

L’indien


# Team

“Entre mon corps et moi, le respect et l'écoute ne sont pas toujours au rdv. Pourtant, il me porte, il encaisse, il est costaud, il me prévient, il m'enseigne. Et parfois, je l'aime, cette formidable machine alchimiste.” Claire


# J’t’en foutrai du slip !

“Je me souviens d'une fois où j'étais rentrée dans un magasin de lingerie, j'avais envie d'être belle en sous-vêtements. Oui mais je pesais 5-6kg de trop par rapport à la fameuse courbe poids-taille qui nous impose un modèle depuis bébés. Alors que je regardais un string, puis un tanga, la vendeuse s'approche, tout sourire, me demande si j'ai besoin d'un conseil, et avant même que je puisse répondre, me lance : "par contre je pense que vous devriez plutôt regarder les slips, c'est plus couvrant donc ça ira mieux avec une morphologie comme la vôtre." Une morphologie comme la mienne. J'avais 23-24 ans, une paire de kilos en trop. J'ai arrêté la lingerie.

Aujourd'hui je porte ce qui me fait me sentir bien dans mon jean.”

Éléonore


# Cocon

“Mon corps est le refuge de mes émotions et l'empreinte de ma vie.”

Françoise


# Le temps qui passe

“J’ai le souvenir frappant de ma grand-mère, qui a 80 ans passés, n’aimait toujours pas son corps. Elle se trouvait trop grosse, trop ceci, pas assez cela… Je me rappelle avoir été profondément triste pour elle de savoir qu’elle n’avait pas réussi à s’aimer, à aucun moment de sa vie.

Maintenant parfois, quand je me prends la tête avec mes complexes, je repense à elle et me force à passer au-dessus d’eux. A ne pas me laisser envahir et conditionnés par eux. Je veux changer mon regard sur mon enveloppe de chair. Et j’avoue que plus je vieillis, plus je trouve émouvantes les traces que le temps et mes expériences ont laissées sur mon corps.”

Julie


# Lâcher les armes

“Mon corps et moi c'est toujours mieux quand on ne fait qu'un, mais ce n'est pas souvent.

Sans cesse le mental s'emploie à prendre l'ascendant sur la part carnée qui me constitue...

Ma tête a longtemps lutté pour dominer mes pattes et puis avec le temps les armes se ramollissent, et quand elles disparaissent s’ouvrent l'écoute, la négociation, le compromis.

Les yeux fermés c'est plus facile.

La machine est docile, efficiente, merci à elle d'être fonctionnelle.

Évidemment "la forme suit la fonction, telle est la loi" !

Sophie


# Un corps dans la danse

“Mon rapport au corps est complexe et complexé. Parfois, je me reconnais dans les malaises dont on parle chez les jeunes filles vis-à-vis des modèles féminins. Il y a aussi des canons de beauté masculine. Je pense qu’on est nombreux à vivre la même situation.

J’ai grandi au milieu de mes trois frères, deux aînés et un cadet. Ça a influé sur mon rapport au corps dans la mesure où régnait un esprit de compétition. Mais, petits, on ne regardait pas tellement le corps mais ce qu’il pouvait faire jusqu’au moment où l’adolescence s’est pointée. Et elle s’est pointée plus tôt pour moi parce que j’avais deux grands frères…

Il m’a fallu des années pour comprendre que mon sexe avait une taille juste normale : ni grosse ni petite. A 11 ans, j’ai pris du gras. J’ai arrêté le sport et passais plus de temps à lire… Mes frères ont été assez durs avec moi à me traiter de gros.

Ce qui fait que je traîne une image de moi comme d’un « gros à petite bite ». Cette image est toujours là à plus de 40 ans même si je sais qu’elle n’est pas tellement vraie.

Le seul moment où tout ça est oublié, c’est quand je danse. C’est le seul moment, en fait, où je n’ai plus un corps avec lequel je dois m’arranger mais où je suis ce corps vivant qui vit.”

David


# Another day in my incredible skin

"Here comes the sun

- again.

I just know now

it's gonna be,

Everything's gonna be alright."

Freya


Des créations body positive

Merci à toutes celles et ceux qui ont témoigné pour cet article et merci à Freya pour ses magnifiques photos.

Ces mots, bien souvent de l’ordre de l’intime, sont autant de marqueurs de ce qui nous relie. Cela fait vraiment du bien de voir que l’on est pas seul(e) à tourner avec ces questions ! N’hésitez pas à poursuivre ces témoignages en commentaires.

…with love.


 

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